L’industrie russe des secteurs automobile et transports, perspectives d’import et export

Production automobile russe depuis 1991

Production automobile russe depuis 1991. En 2012 et 2013, la Russie a produit plus de voitures que la France et l’Espagne, malgré des importations qui restent fortes. La crise des “subprimes” a très violemment touché l’industrie automobile russe, avec une baisse d’environ 60% en 2009. Les mesures de guerre économique lancées contre la Russie en 2014 ont des conséquences importantes, avec une baisse qui sera proche de 40% en 2015. Cependant, les importations baissent, tandis que les ipmportations deviennent significatives.

La Russie a hérité de l’époque soviétique une industrie automobile importante mais technologiquement en retard sur la concurrence internationale. Afin de favoriser son industrie automobile, le gouvernement russe a imposé des droits de douane élevés sur les automobiles importées, ce qui a forcé la plupart des producteurs à construire des usines en Russie pour d’abord assembler des voitures à partir de pièces produites à l’étranger, puis à augmenter progressivement la proportion de pièces produites en Russie dans leurs voitures. Cette volonté politique ferme a permis de moderniser progressivement l’industrie automobile russe. Le résultat se fit sentir dès 2003 à travers une forte croissance de la production locale jusqu’à 2012 (avec une interruption en 2009). Renault-Nissan, qui contrôle le géant russe AvtoVAZ (Lada), est le principal acteur étranger en Russie, mais de nombreux autres y sont présents : Peugeot, Citroën, Mitsubishi, Volvo, Ford, Volkswagen, Toyota, Hyundai, Kia, Audi, Mercedes-Benz, Scania, MAN, Navistar, Iveco, Ssang Yong, GM (Opel, Chevrolet et Cadillac), Mazda, BAW, BYD, Chery, Lifan et Great Wall ont tous au moins un site d’assemblage en Russie, en propre ou partagé avec un partenaire local. En 2012, la Russie a dépassé la France et l’Espagne en nombre de voitures produites.

La dernière usine de Continental en Russie, ouverte en juin 2014

La dernière usine de Continental en Russie, ouverte en juin 2014. De nombreux investisseurs étrangers ont apporté la qualité allemande à l’industrie automobile russe, réduisant rapidement la demande en véhicules importés. Entre pièces de voitures et pneus, Continental emploie environ 1300 personnes en Russie.

En 2012, le secteur automobile plombait la balance commerciale russe de plus de 40 Md$ (en additionnant les voitures, les pièces de voitures, les châssis de voitures, les camions et les tracteurs). Aucun autre secteur n’est aussi déficitaire dans la balance commercial de la Russie. Cependant grâce à la politique volontariste du gouvernement et grâce aux énormes investissements ce secteur, notamment par les compagnies étrangères qui veulent leur part du marché russe, la Russie pourrait devenir exportatrice nette de véhicules avant 2025. Le processus est évidemment progressif, il faut encore ouvrir beaucoup de nouvelles usines dans ce secteurs, et il faut donc encore beaucoup d’investisseurs étrangers. Au moins 26 sites de production ou ligne de production dans le domaine des transports ont ouvert de mars 2014 à mars 2015 (en incluant les tracteurs, bus, trolleybus, chasse-neiges, motos), soit 2 par mois, et d’autres sont en construction. Il s’agit essentiellement de production d’éléments spéciaux à l’industrie automobiles qui restent majoritairement importés (câbles électriques, jauges d’essence, boulons…) mais aussi des usines d’assemblages de constructeurs qui n’étaient pas encore présents en Russie. Tous ces développements permettent de fortement réduire les importations de voitures (-16% en 2013) et d’augmenter les exportation (+21% en 2013). Les consommateurs russes ont désormais l’embarras du choix, et seuls ceux qui souhaitent des véhicules haut-de-gamme achètent des véhicules importés : Environ 700 000 en 2014, probablement moins de 600 000 en 2015.

Concernant les nouveaux sites d’assemblage, l’usine en construction à Toula devra produire 150 000 voitures par an dès 2020. On constate que les autres projets récents sont fortement orientés vers l’exportation, avec deux clusters en cours de construction. Le premier cluster est à Vladivostok et assemble déjà des voitures Toyota et est en cours d’agrandissement. Le second cluster, “Avtotor”est très ambitieux puisque 21 usines doivent se consacrer à la production automobile dans la région de Kaliningrad. 7 sont déjà construites, 3 en construction, et ce cluster doit produire 350 000 voitures dès 2020 (270 000 en 2014). L’emplacement d’Avtotor, entre la Pologne et la Lituanie, sur la Mer Baltique, devrait lui permettre d’exporter vers l’Europe du Nord. L’objectif annoncé est de vendre au moins 20% de la production à l’étranger.

Pour faire face à la crise qui frappe actuellement le secteur (les ventes de voitures pourraient baisser de 40% en 2015), le gouvernement dépense des milliards de roubles afin de préserver les emplois, et le ministère de l’industrie subventionne l’achat par les communes de trolleybus et de tramways, ce qui permettra d’augmenter de 50% leur production par rapport à 2014. Du côté des mauvaises nouvelles, notons qu’Opel (groupe GM) cesse sa production en Russie, car elle cette production était trop peu localisée et que l’heure n’est pas aux gros investissements. Dans la foulée, le sud-coréen Ssan Yong a annoncé qu’il n’importerait plus de voitures vers la Russie jusqu’à ce que le cours du rouble remonte. Cependant, sa production de véhicules tous terrains à Vladivostok se poursuit. C’est à dire que les marques étrangères qui utilisent le plus des pièces produites localement s’en tirent le mieux, et que les importations s’effondrent. Seat, Peugeot, Dodge, Honda et Mazda ont également annoncé la fin de leurs modestes exportations vers la Russie. Selon les chiffres de janvier-février 2015, parmi les constructeurs ayant importé plus de 500 véhicules en janvier-février 2015, seules les voitures Mercedes-Benz, BMW, Lexus et Porsche ont augmenté leurs ventes. Ces marques représentent ensemble 6,3% du nombre de voitures vendues en Russie (dont une petite part assemblée en Russie), à comparer aux 34,7% du total des ventes du groupe Renault-Nissan et 11,3% du second, le groupe VW (Audi incluses). Plusieurs sites d’assemblage sont également à l’arrêt, mais ceux qui sont les plus touchés sont ceux, comme Opel, dont la production utilise le moins des pièces produites localement. Il faut donc s’attendre à ce que le poids du secteurs automobile dans la balance commerciale de la Russie s’allège de plusieurs milliards de dollars en 2015. Mercedes, qui assemble des voitures en partenariat avec AvtoGAZ, pourrait même annoncer en mai la création de son propre site d’assemblage en Russie pour satisfaire la demande.

Concernant les camions, Kamaz se montre optimiste, grâce à la baisse du cours du rouble qui devrait permettre d’augmenter sensiblement les exportations dans le monde entier. Dans l’ensemble, l’augmentation des exportations permettront de compenser une partie (de l’ordre de 10% ou 15%) de la chute du marché intérieur. Avtovaz espère par exemple presque doubler ses exportations et arriver à 100 000 voitures exportées, principalement vers le Kazakhstan. AvtoVAZ comme GAZ prévoient de commencer en 2015  à exporter vers l’Europ. AvtoVaz commencera par la Suède, patrie de son PDG actuel.

Dans le domaines des innovations, Kamaz et la société russe “Cognitive Technologies” (impliquée dans la conception du Technopôle de Skolkovo) commenceront à produire des camions sans chauffeur en 2015. Les véhicules électriques se développent doucement, principalement des voitures de golf (quelques centaines par an), et les premières motos électriques russes seront commercialisées à l’été 2015. Toujours concernant les innovations, notons que certaines usines automobiles russes ont commencé à utiliser les technologies de production additive («impression 3D»), et il est très possibles qu’ils emploient très bientôt des matériaux de notre partenaire.

Tracteur russe «Rostselmach»

Les voitures russes s’exportent encore très peu, et surtout en CEI. Les tracteurs Rostselmach par contre s’exportent déjà en Allemagne et au Canada (image Rostselmach)

 

De 2007 à 2012, la part des importation de voitures et pièces de véhicules est passée de 12,0% du total des importations russes à 10,5%. Cette baisse devrait s’accélérer par l’ensemble des facteurs mentionnés : les nouvelles usines en Russie, les subventions aux constructeurs, le renforcement de la localisation de la production, et la faiblesse du rouble. Dans le même temps, les exportations de véhicules deviennent significatives, partant de 1 Md$ en 2012.

Le seul secteur des transports dans lequel la Russie restera encore longtemps importatrice est celui des trains à grande vitesse : c’est Siemens qui produit les trains russes à grande vitesse près de Düsseldorf. Début de progrès dans ce domaine, la production de roues de TGV a commencé en Russie en 2014. Siemens emploie environ 3000 personnes en Russie, et aura bientôt un centre d’entretien des TGV en banlieue de Saint-Pétersbourg, qui permettra d’importer des compétences dans ce domaine.

Un point sur l’Ukraine : La Russie importait encore en 2013 plus de 5000 voitures ukrainiennes par an (10% de la production). Les deux producteurs ukrainiens ont annoncé dès les premiers mois de la crise, la fin de leur livraisons vers la Russie. Ces deux producteurs se consacrent désormais aux véhicules militaires. Dans le domaines du transport ferroviaire, les usines russes prendront quelques dizaines de milliers d’emplois ukrainiens : en effet la Russie importait encore en 2012 2,6 milliards de dollars de matériel ferroviaire ukrainien. En revanche, la Novorossie souhaite s’intégrer à l’espace économique russe, en contribuant par son industrie au programme russe de remplacement des importations. Par exemple, une usine de matériel ferroviaire de Lougansk a partiellement déménagé près de Rostov mais passe des commande à Lougansk, tandis qu’une autre usine de la banlieue de Lougansk est en cours de réparation après sa destruction par l’armée de Kiev.

En conclusion, le secteur automobile russe traverse actuellement des difficultés indéniables. Cependant il faut d’abord noter que grâce à d’immenses investissements étrangers, fortement encouragés depuis le début du siècles par le gouvernement russe, il est désormais au même niveau, à beaucoup de points de vue, que son équivalent français. Les difficultés actuelles le poussent à se modernise encore plus, ce qui permettra à la Russie d’importer de moins en moins et d’exporter de plus en plus. Il n’en reste pas moins que la Russie reste pour quelques années encore un grand importateur net du secteur automobile russe, et que l’on peut y trouver encore quelques opportunités pour certaines PMI produisant certains composants insuffisamment produits en Russie. Sans entrer dans le détail des différentes pièces de véhicules qui pourraient trouver preneur sur le marché automobile russe, notons une tendance : alors que depuis un an les exportations de voitures vers la Russie s’effondrent, les automobiles de luxe s’y exportent toujours aussi bien, voire mieux pour certaines marques.

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